De l’élan au chemin : ce que Pourgues m’a vraiment appris

 
 

Une entrée fulgurante dans l’aventure

Jérôme raconte être entré dans l’aventure de l’écovillage après avoir été profondément inspiré par la conférence TedX de Ramïn Farhangi “Pourquoi j'ai créé une école où les enfants font ce qu'ils veulent”. Cette rencontre agit comme un déclic immédiat : il quitte ses activités pour se lancer dans la création d'une école. Il rejoint finalement la dynamique de création de l’écovillage. Très engagé, il devient le premier habitant du lieu et prend en charge une grande partie de la logistique et de l’organisation. La première année est vécue comme une parenthèse quasi utopique, faite de liberté, d’expérimentation et de joie collective, portée par une vision forte : réinventer la manière de vivre ensemble et d’éduquer.

Du rêve à la réalité économique

Cette phase d’enthousiasme se confronte rapidement à la réalité matérielle. Le collectif prend conscience qu’il ne pourra pas tenir sans structurer des sources de revenus. Un tournant s’opère alors : formations, séjours immersifs et autres activités émergent pour assurer la viabilité du projet. Cette transition marque le passage d’un espace très libre et spontané à une organisation plus responsable, sans toutefois résoudre toutes les tensions sous-jacentes.

Une crise autour de l’éducation et du cadre

Parmi les difficultés majeures vécues par Jérôme, la question des enfants occupe une place centrale. L’idéal de liberté éducative, au cœur du projet, glisse selon lui vers une absence de cadre. Le collectif se retrouve implicitement investi d’un rôle éducatif, sans que cela soit réellement assumé, structuré ou désiré. Jérôme parle d’une forme de “tyrannie des enfants libres”, où certains comportements ne sont pas régulés, générant chez lui un profond malaise. Il en tire une conviction forte : un collectif ne peut pas remplacer le rôle des parents, notamment dans la transmission de limites et de repères.

Insécurité intérieure et retrait progressif

À ces tensions s’ajoutent des difficultés relationnelles. Jérôme décrit un sentiment croissant d’insécurité émotionnelle, lié à des interactions qu’il perçoit comme peu authentiques et à un manque de soutien du collectif. Ce malaise, peu visible de l’extérieur, s’intensifie avec le temps. Parallèlement, ses conditions de vie matérielles deviennent difficiles : logements précaires, promiscuité, manque d’espace personnel. Peu à peu, il se désengage, perd sa place dans le projet et finit par se sentir en décalage, presque étranger à ce qu’il avait contribué à construire. Son départ, après trois ans, s’inscrit à la fois dans cette dynamique et dans une évolution personnelle.

La nécessité d’une vision incarnée

Avec le recul, Jérôme insiste sur l’importance déterminante de la vision initiale. Celle-ci était, selon lui, extrêmement puissante et inspirante, mais difficile à maintenir dans le temps de manière collective. Il souligne la nécessité que cette vision reste incarnée et protégée, notamment par la personne qui l’a portée à l’origine. Cela implique un rôle de pilotage clair, non autoritaire mais assumé, qui permette d’éviter la dilution ou la dérive du projet.

Leadership, accompagnement et maturité collective

Il met également en avant le besoin d’accompagnement des collectifs, ainsi que celui des porteurs de projet eux-mêmes. Pour Jérôme, un projet de cette ampleur ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté et l’intelligence collective : il nécessite des cadres, des rôles clairs et une maturation des postures. Il insiste aussi sur un principe fondamental : un collectif sain doit viser l’émancipation de ses membres. Cela signifie permettre à chacun d’être là par choix, mais aussi de pouvoir partir librement. Les difficultés rencontrées à Pourgues autour de l’engagement et du désengagement illustrent, selon lui, ce point de vigilance majeur.

Une aventure profondément transformatrice

Malgré les épreuves, Jérôme exprime une profonde gratitude pour cette expérience. Il y voit un moment fondateur de sa vie, qui lui a permis de développer et révéler des compétences, de gagner en confiance et de contribuer à un projet porteur de sens. Il souligne également l’impact inspirant de l’écovillage : en incarnant concrètement une utopie, le projet a permis et inspiré à d'autres de transformer aussi leur rêve en réalité. L’expérience lui laisse une conviction forte : nos rêves sont réalisables, à condition d’y croire et de s’y engager pleinement.

Un héritage vivant

Enfin, Jérôme porte un regard positif sur la suite, notamment sur la manière dont Ramïn a su relancer une dynamique avec Bloom Hills. Il y voit une reprise en main nécessaire de la vision, permettant d’éviter sa dilution et de redonner une direction claire. Son témoignage se conclut ainsi sur une invitation à poursuivre ces élans collectifs, avec lucidité et exigence, afin que d’autres puissent, à leur tour, transformer leurs rêves en réalité.


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