J'ai vécu une thérapie à ciel ouvert

Quatre années pour guérir, grandir ensemble et apprendre ce que signifie vraiment être libre.

Quand je suis arrivé dans ce village avec mes filles, je pensais venir avant tout pour elles.

Pour cette idée d’éducation démocratique, d’un village où les enfants ont une vraie place.

Un endroit où leur voix compte.

Où ils sont entendus.

Où l’on prend aussi le temps de reconnaître tout ce qu’ils ont à nous apprendre.

Je n’ai pas grandi dans une époque où l’on regardait vraiment les enfants comme ça.

Alors j’avais envie de leur offrir un autre terrain d’exploration.

Un endroit où il y ait de la joie, du jeu, du multi-âge.

Où l’on apprend aussi à travers la vie, la relation, le fait de vivre ensemble.

J’avais simplement envie de préserver quelque chose de précieux chez eux.

Et je sentais profondément que pour leur offrir cet espace-là,

j’allais moi aussi devoir regarder certaines choses en moi.

Parce que  j’ai grandi avec beaucoup de colère, d’autorité et d’orgueil autour et en moi.

Et sans vraiment m’en rendre compte, j’avais moi aussi construit une grosse carapace.

Avec le temps, j’ai compris que derrière cette carapace

il y avait surtout beaucoup de choses que je n’avais jamais vraiment regardées, digérées, intégrées.

Et que pour ne pas transmettre tout ça à mes enfants,

je devais d’abord venir le rencontrer et le transformer en moi.

Apprendre à écouter mes besoins,

Puisque pour poser des limites, encore faut-il savoir où elles sont.

Pour être un autre parent pour mes enfants,

et pour l’enfant en moi.

Pendant quatre ans, j’ai eu l’impression de vivre une thérapie à ciel ouvert.

Avec une quarantaine d’adultes et d’enfants au quotidien.

Vivre ensemble. Décider ensemble. Traverser ensemble.

Et quand tu n’as pas envie de voir quelque chose en toi…

il y a toujours quelqu’un pour te le montrer :

un enfant, un chien, un participant, un voisin.

Ce lieu m’a offert une version réduite de la société.

Moi qui me suis toujours posé des questions sur l’humain, sur le monde, sur “pourquoi ça se passe comme ça”,

J’ai eu l’impression de mieux comprendre.

Chacun incarnait, souvent sans le savoir, des archétypes :

le juge, le médiateur, le pompier, l’infirmière, le rebelle, le policier, le jardinier, le vagabond…

À travers eux, je voyais se rejouer ce qui se passe à plus grande échelle.

Et j’ai compris profondément une chose :

nous sommes la société.

Si c’est parfois si difficile de se comprendre, ce n’est pas par manque de bonne volonté.

C’est aussi parce que nous sommes nombreux à être en train de chercher qui nous sommes vraiment.

Tout en essayant de communiquer, d’avancer, de décider ensemble.

On a énormément pratiqué l’écoute.

Il y a eu des moments où ça roulait, et d’autres beaucoup moins.

J’ai appris que lorsque l’on écoute vraiment les besoins et les sentiments derrière les mots,

quelque chose se détend immédiatement.

Une vraie empathie s’ouvre.

La personne se sent entendue.

Et beaucoup de tensions se désamorcent simplement là.

Cette expérience m’a appris la responsabilité.

Ce que je ressens m’appartient.

Ce n’est jamais la faute de l’autre.

C’est une invitation à mieux écouter, encore et encore.

Avec le temps, j’ai compris qu’il y a souvent un cadeau caché derrière nos émotions et les conflits.

Quand une tension apparaît avec quelqu’un, ce n’est presque jamais seulement l’histoire du moment.

Quelque chose en nous se réveille :

une blessure, une peur, une ancienne façon de se protéger.

Sur le moment, on ne le voit pas toujours.

On peut se défendre, se fermer, accuser l’autre.

Mais avec un peu de recul, ces moments deviennent souvent des invitations.

À mieux comprendre son système intérieur.

À dire quelque chose qu’on n’osait pas dire.

À poser une limite.

Ou parfois simplement à rester calme au milieu de la tempête..

il y a une chose qui m’a marqué plus que tout,

c’est l’authenticité.

On ne trichait pas vraiment avec ce qu’on vivait.

On se disait les choses.

On traversait les émotions.

On essayait, on se trompait, on recommençait.

Il y a eu des moments magnifiques, d’autres plus durs,

mais je n’ai rien envie d’effacer.

Tout ça fait partie du chemin.

Tout ça m’a construit.

Et je garde tout avec moi.

J’ai aussi compris quelque chose d’essentiel :

aller en communauté ne rend pas les choses “différentes”.

Ça les rend visibles.

On rejoue des scènes familiales, systémiques, sociales…

Mais avec la possibilité de les transformer, parce que l’intention est là.

Parfois, j’avais l’impression qu’on avançait comme avec le compas de Jack Sparrow :

un compas qui ne montre pas une direction fixe,

mais celle de notre cœur.

Sauf que nous, on était des dizaines à tenir ce compas en même temps.

Chacun découvrant peu à peu sa propre direction.

Alors forcément, ça tiraille, ça change de cap.

Certains veulent aller à droite, d’autres à gauche,

d'autres reviennent vers eux-mêmes.

Et aujourd’hui, même si le projet se termine,

j’ai le sentiment que chacun suit un peu plus sa boussole intérieure.

Nous étions nombreux à venir avec cette idée de liberté.

Idéalistesphilosopheschercheurs.

Un peu les moutons noirs aussi.

Ceux qui sentent qu’il y a d’autres façons de vivre et qui ont envie de les explorer.

Et paradoxalement, c’est là que j’ai vraiment compris ce que voulait dire être libre..

Être libre, ce n’est pas faire tout ce qu’on veut, quand on veut.

C’est être pleinement soi,

tout en tenant compte de l’autre..

Dans un collectif, presque chaque décision demandait une sollicitation d’avis.

Même des choix en apparence simples.

Et ça nous confrontait autant que ça nous faisait rire.

Ça nous apprenait surtout quelque chose de précieux :

connaître ses besoins, ses envies, ses désirs,

et voir l’impact qu’ils ont dans l’endroit où l’on vit.

Ça apporte de la clarté.

De l’empathie.

Et une vraie prise de hauteur.

Quand je regarde tout ce qu’on a vécu, j’ai envie de dire : waouh… bravo à nous.

Élever nos enfants à la maison.

Faire vivre une activité économique.

Accueillir des formations, des stages, des séjours immersifs.

Vivre parfois à 60, parfois à 80 humains ensemble.

Et traverser des réunions, des processus de groupe, du travail personnel et collectif.

Une immense thérapie de groupe portée par des rebelles, des idéalistes, des sensibles.

Ce n’est pas rien.

Et ce n’est pas un échec.

Chacun en est ressorti différent.

Chacun y a trouvé ses cadeaux, à sa manière.

Ce qui m’a profondément touché, ce sont aussi les personnes venues vivre ces expériences avec nous.

Des gens arrivés chargés, stressés, pleins de questions.

Et repartis après avoir pleuré, joué, traversé toutes leurs émotions.

Avec une chose essentielle : la foi en l’être humain.

Pour moi, la spiritualité, c’est ça.

Être vrai avec ce que l’on vit.

Être vrai avec ce que l’on ressent.

Avancer avec ses croyances du moment, en sachant qu’elles peuvent évoluer.

Écouter là où on en est aujourd’hui, sans chercher à imposer une vérité.

C’est cette diversité, parfois déroutante, qui a rendu cette expérience si riche.

Personnellement, j’y ai découvert que j’aspirais à plus de douceur, de sensibilité, de vulnérabilité.

À aller vers  ma joie, mes désirs.

j’ai compris que ce qui m’animait profondément,

c’était d’accompagner l’humain,

d’ouvrir des espaces pour se déposer, se comprendre, se retrouver.

Aujourd’hui, j’ai besoin de temps, de simplicité, pour prendre soin de mes enfants.

Mais je sais aussi combien le collectif est important pour moi.

Faire partie d’un “nous”.

Comme une équipe. Une tribu.

Je ne sais pas encore quel sera le prochain projet.

Mais je sais que tout ce chemin avait du sens.

Merci à toutes celles et ceux qui ont vécu, porté, traversé, nettoyé, organisé, accueilli.

Il n’y a personne à mettre sur un piédestal.

Chaque rôle comptait.

C’est l’ensemble qui faisait la richesse.

Un immense merci.

Si ces mots t’inspirent un souvenir, un retour ou simplement l’envie de me partager où tu en es aujourd’hui, je le recevrai avec joie

Je continue d’avancer,

au cœur de moi,

au cœur du lien

Joffrey

joffreycommon@gmail.com

 
 

PS : Pour celles et ceux qui ont participé à mes ateliers, partagé des discussions ou un bout de chemin avec moi là-bas…

ou simplement qui se reconnaissent dans ces mots.

J’ai ouvert des accompagnements autour de la confiance, de l’estime et du lien à soi. C’est une continuité naturelle de ce que j’ai aimé vivre et transmettre ici. Et une passion qui m’habite depuis longtemps, aujourd’hui pleinement assumée.

Si tu as envie de venir découvrir cet espace,
je serais heureux de t’y retrouver.

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