Une lettre Ă Pourgues đź’›
Dans ce témoignage profondément humain, Marc adresse quelques mots à l’Écovillage de Pourgues et à celles et ceux qui l’ont fait vivre au fil des années. À travers ses souvenirs, ses rencontres et ses regards posés sur les habitant·es du lieu, il nous offre une traversée sensible, intime et pleine de tendresse de cette aventure collective hors du commun. Merci à lui pour cet au revoir empreint de douceur, d’authenticité et de gratitude.
Ecovillage de Pourgues.
Qui aurait imaginé qu'un jour j'en viendrais à t'écrire ces mots — les mots de la fin ? Il y a des choses tellement chères à nos cœur qu'on prend soin, presque délibérément, d'oublier qu'elles peuvent s’arrêter. Je choisis de t'écrire directement, comme à une personne à part entière. Parce que pour moi, tu en as été une — vivante, changeante, irréductible.
Il existe des lieux qui ne se contentent pas d’être habités. Ils nous habitent en retour. Pour moi, tu en as été un.
Merci d'avoir accueilli cette figure un peu de biais que j'ai été. Ni réellement villageois, ni tout à fait extérieur. Ami des co-fondateurs d'abord, puis, petit à petit, de ce collectif mouvant qu'on n'aurait pas su nommer autrement que les villageois.
Un ami, visiteur — que j'avais amené lors de mon tout premier séjour, il y a plus de huit ans maintenant — m'a dit quelque chose que je n'ai jamais oublié à ton sujet : « À Pourgues, on est inclus tels que nous sommes, sans besoin de se cacher, sans pouvoir se cacher. » La nuance compte. Ce lieu très ouvert et accueillant ne laissait pas beaucoup de place aux armures.
Un havre, oui. Mais aussi une arène. La plus grande opportunité et le plus grand défi coïncidaient exactement : être réellement soi-même : quelle liberté ! Mais quel challenge ! Pour quelqu'un comme moi qui n'avait alors jamais tout à fait trouvé sa tribu, c'était à la fois un soulagement et une chose légèrement vertigineuse.
Des villageois qui m'accueillent sans tout comprendre — et sans me réduire à des étiquettes simplistes non plus. Pas “ah, tu es coach professionnel et formateur, donc”. Juste : Marc. Une personne entière avec sa vérité du moment.
Pourgues, en huit ans, avec des venues d’environ trois mois tous les six mois — je t'ai vue changer de visage à chaque fois. Les règles, les instances, les villageois, les animaux, les végétaux. À chaque retour, il me fallait réapprendre à te regarder. Comme on réapprend à observer quelqu'un qu'on aime après une longue absence — les mêmes traits, mais quelque chose de décalé, d'imperceptiblement nouveau, étranger.
J'ai tenté d'incarner ce regard extérieur qui laisse parler sa voix intérieure. Concrètement : écouter, échanger, coacher, co-créer et co-animer une formation sur le leadership, accompagner des ateliers de valeurs, animer des cercles restauratifs, apporter du Yoga et des outils de transformation. Pour un passionné de l'humain et de son potentiel, comme moi, quelle chance singulière d’observer une aventure où les seules limites étaient celles de la volonté et de l'imagination collective.
Merci, Pourgues. Tu as été un ancrage. Un tremplin. Un terrain de jeu. Une maison. Toi-même, avant tout et tout simplement.
Pourgues a eu les siens : les villageois; et je veux en dire quelques mots, pas de façon exhaustive, pas pour les résumer, mais pour laisser une trace de ce qu'ils ont été pour moi, là , dans ce contexte précis, dans cette aventure humaine bien particulière.
Ce qui suit est une balade, un retour imaginaire après quelques mois d’absence. Je vous invite à me rejoindre à Pourgues — une dernière fois, ou peut-être la première — pour y croiser ces visages, ces silhouettes, ces présences qui ont contribué à ce que ce lieu soit aussi rayonnant. J'espère que ces mots porteront quelque chose de ce que ces rencontres m’ont donné — la vie, la diversité, cette joie un peu étrange d'avoir simplement été là , au bon moment, au bon endroit. Et peut-être, l'espace d'un instant, vous faire (re)goûter à ce qu'était l’Écovillage de Pourgues.
Alors. On y va ?
C’est l’aube, Je passe la pancarte “Pourgues” et je gravis le début de la colline. Yohan est déjà là sur le chemin — comme s’il était là depuis toujours tel un gardien du lieu. Statique ? Non dans l’action pour sûr. Source d'initiatives d'une densité étonnante — une plateforme pour l'accès handicapé, une maison entière construite, une buvette, un potager, la spiritualité incarnée, le marketing du lieu et j’en passe. Il fédère sans le chercher. Il montre le chemin, sans le nommer. Des humains, aux chiens, en passant par les poules, personne ne peut rester indifférent à sa présence. Il est une invitation permanente à transcender croyances et postures pour redevenir ordinaire, extra-ordinaire.
J’arrive devant la bâtisse en passant ces douces odeurs de jasmin. J’aperçois Ramïn attablé dehors. Du jeu Civilization, où, étant petit, tu bâtissais des mondes virtuels, à un écovillage dans la terre réelle aujourd’hui, le même élan, les mêmes enjeux, la même réflexion stratégique, la même joie contagieuse du bâtisseur — mais avec l’humain en plus : vaste programme ! Je t'ai toujours perçu comme un vieux sage qui aurait décidé, pour le plaisir, de revivre une adolescence qui bouscule les cadres. Et ça a fonctionné. Être un leader conscient n'est pas une mince affaire. J'espère que la formation sur le leadership authentique qu'on a co-créée ensemble t'a autant nourri qu'elle a donné à ceux qui y ont participé. Ta brillance intellectuelle, on la perçoit de suite. Ton grand cœur, lui, se laisse découvrir à ton contact — et il m’a profondément touché. Merci pour ta générosité — que tu prolonges aujourd'hui par le don de l'accès offert de la formation en ligne, en suivant ce lien : leadership authentique.
Marjorie apparaît à son tour sur le seuil de la bâtisse. Tu as envie de mettre en terre de nouvelles plantes mais pas le temps, pas tout de suite du moins. Grande passionnée de psychologie, de vivre pleinement, de créer des espaces libres, tu files comme le vent créer de nouveaux espaces d’exploration. Une nouvelle séance de maïeusthésie, un clearing à faciliter, un atelier sur l’éducation démocratique à animer ou encore un conseil de village à organiser, ton énergie est pleinement investie dans comprendre, trouver le bon cadre, ajuster, tendre patiemment vers plus de liberté dans toutes les dimensions de la vie. Parfois grandiose et sous la lumière, parfois simple et tranquille — tu as mille visages, et tu ne laisseras personne t'enfermer dans un seul. C’est la liberté d'être soi, et même d'aller au-delà .
J’entre dans la bâtisse. Priscilla m’accueille. une englobante et forte douceur, une gentillesse qui ne cherche pas à se montrer. tu as tout intégré pour ta famille : un autre pays, une autre langue, un mode de vie entier — avec une humilité alliée à une puissance réelle. Tous les obstacles, même les plus lourds, tu les retournes en chemin vers quelque chose de plus lumineux. Ta façon de transformer l'indigeste en foi décuplée reste pour moi une vraie inspiration.Tu me fais un grand câlin, tu prends soin de chacun et en particulier des enfants du village.
Avant que j'aie pu dire un mot — Lily déboule. Une énergie inépuisable et une dévotion sans réserve. Tu es un rayon de soleil pour les villageois comme pour les visiteurs — sans préjugé, sans distinction, avec cette capacité rare de prendre quelqu'un dans les bras au bon moment, simplement, sans calcul. Toujours en mouvement périlleux — dans un arbre, sur un trampoline, dans le sillage de ta grande sœur — et pourtant capable de t'arrêter net pour regarder, saluer, rencontrer vraiment d’âme à âme. Atypique par ton syndrome de trisomie 21, tu nous rappelais avec une évidence désarmante qu'au fond, sans nos projections mentales, on se ressemble tous. Et qu'un lien de cœur à cœur, vrai et sans filtre, est peut-être ce qu'on peut s'offrir de plus beau.
Le cœur nourri, je vais doucement vers la cuisine pour me nourrir la panse. Évidemment j’y trouve Joffrey et Marion. Tous deux partagent ce goût du bon repas cuisiné avec amour pour inclure, pour faire plaisir, pour grandir ensemble.
Joffrey épluchant une cinquantaine de carottes, tu me salues l’air malicieux : “enfin te voilà toi !” Grand de taille, lumineux d'énergie, avec ce cœur toujours prêt à partager, écouter et soutenir. Ta sensibilité aiguisée et ton intuition hors pair me scannent : passé, présent et futur. Cette même intuition qui t'avait fait deviner, d'un simple regard croisé, sans un mot échangé, qu'on pratiquait le même yoga le jour où on s’est rencontré pour la première fois. Cette fluidité a continué dans notre collaboration pour faire venir le yoga de Sadhguru à Pourgues, l'une des contributions dont je suis le plus fier. Et que dire du Centre Nectar, qu’on a fondé ensemble pour faire vivre cette expérience au plus grand nombre ? Merci pour ta confiance et ton soutien inconditionnel. Hug !
Marion se lève pour me faire la bise. D'abord participante à la formation sur le leadership authentique — j'avais très vite senti en toi l'appétence pour la vie en communauté et en particulier la vie à Pourgues. J'ai aimé te voir passer de la nouvelle à l'initiée, puis à l'experte tranquille et réjouissante de la vie en collectif. On a toujours envie de passer plus de temps à discuter ensemble pour faire connaissance davantage. Mais en cuisine, le temps file à une vitesse — toujours au fourneau, toujours en service. J'espère que tu prends le temps pour toi aussi, quelque part.
Je cherche une banane dans le saladier des fruits. La purée d'amande ? Disparue. Mince. Je prends une pomme, je la passe sous le robinet pour la laver.
Ni une, ni deux, Robert arrive : “Marc, lave ta pomme à l’eau filtrée ! Sinon autant ne pas la laver du tout car tu ne fais qu’ajouter plus de pesticide dessus”. Parole percutante, humilité touchante et questionnement profond, tu partages ta vision et tes doutes à qui veut bien, sans chercher à convaincre. L'intégrité et l'écoute font de toi un allié hors pair dans les réflexions philosophiques ou les voyages courageux à travers le vaste monde. Tu me fais sentir chez moi avec ta douceur et tes invitations enthousiastes pour une bouffe, une balade, ou simplement une soirée jeu : “Tu te joins à la partie de poker ce soir ?”
L’estomac satisfait, je me dirige vers la salle à manger. Car le pain fait maison, ça se mange sans faim à Pourgues.
À une table, de loin, Mana, l'observateur de la civilisation mondiale. Celui qui regarde et qui sait beaucoup, sans forcément le dire. Mais toujours prêt à débattre, avec cette façon de tenir ses arguments sans jamais sembler les défendre, comme si la vérité n'avait pas besoin d'avocat. Tiaré, Reva et Rainui — sûrement en train d'incarner une éducation démocratique ou innovante à minima, tout sourire et avec cette détermination à vivre leur vie rêvée.
Je sors dans le jardin devant la bâtisse — Un coup de vent. Et c'est Alex, descendant de sa colline chercher une banane et un concombre. Juste le temps d’échanger l’air de rien quelques blagues sur la disparition de la purée d’amande et soudain tu me sors une phrase d'une profondeur déconcertante — lancée en passant, comme si elle ne comptait pas. “Réfléchis-y” me lances-tu l’air soudain grave. Mais tu es déjà reparti avec ton appareil photo caméra pour filmer une nouvelle aventure audiovisuelle.
Un ouragan approche. C’est Luna ! La fougue et la beauté de la nature à l'œuvre dans chaque geste. Tu fais partie de ces enfants qui semblent arriver déjà tout équipés pour ce que les générations précédentes n'ont pas su faire ou traverser. Leadeuse de cœur, présence de feu. Le mot “intensité” est parfois un mot trop petit pour ce que tu émets à chaque instant.
Puis voilà , Iris — le regard profond de celle qui voit ce qui n'est pas visible. Pleinement investie dans tes jeux, ton univers semble plein de magie et de mystère. Et parfois tu m'y invite à travers une question lancée sans prévenir, semblant venir de nulle part : au fait, Marc, pourquoi tu es là ? Ou encore : ne le prends pas mal mais tu perds tes cheveux, non ? Une candeur qui rappelle que si la question vient du cœur, tout peut être formulé sans faire mal. Tu es une belle invitation à suivre nos élans sans se laisser bloquer par nos croyances limitantes.
Clémance passe au loin avec de nombreux enfants du village, probablement vers la forêt. Amoureusement sauvage et indépendante, tu incarnes pour moi la Nature dans toute sa force et sa liberté d’être et de vivre. J'ai l'impression qu'on ne s'est jamais pleinement posés pour parler, et ce ne sera pas pour aujourd’hui. Et pourtant tu m'es étrangement très familière. Ta façon de tracer ta route et de suivre le juste rythme, quelle que soit l’agitation extérieure est tout à fait remarquable.
Vient alors Maëva : “On va en forêt, tu veux te joindre à nous ? Il y a un arbre à souhait.” Prêtresse du monde invisible de Pourgues, tu captives par tes expériences sensibles comme nul autre. Vivant la nuit et à la lueur des mystères, tu sais toujours prendre le temps pour une belle discussion, pour un temps de reliance ou pour une célébration d’anniversaire que tu as organisée avec soin. Tu me fais sentir comme appartenant à la tribu — tu as la capacité de créer un lien humain sincère, unique et profond avec tous ceux que tu croises sur ton chemin.
“Je vais aller en haut de la colline faire un peu de yoga, lui expliquai-je. Mais merci. Profitez bien.”
Je me dirige vers le dôme de bois. Une heure avec Liliana. Tu as cet élan rare à accueillir l'humain dans toute sa complexité — ton regard vient chercher, comme on cueille une rose, ce qui dort aux bords de la conscience : des ressources abondantes, mais cachées, oubliées, que peu de gens peuvent nous aider à révéler. Aujourd'hui je te fais découvrir le modèle UBECoME & BE — développé à partir de mes expériences, de mon parcours en neurosciences et de mon appréciation des sagesses orientales. On explore ensemble ton profil. Tes prises de conscience sont nombreuses. Tes confirmations aussi — sur ton fonctionnement, sur tes interactions avec autrui. “Le modèle me permet de mettre du sens et de la clarté sur mes expériences personnelles.”
Il est d’ailleurs temps d'en faire profiter tout le monde. Si toi aussi, tu souhaites découvrir ton profil. Le modèle t’attend ici : ubecomebe.com
Après cet échange d’âme à âme, c’est le moment d’aller apprécier la vue des Pyrénées depuis le haut de la colline.
Au passage, dans le potager — Iraia. D’un regard, l'évidence. Si les vies passées existent, on s'est déjà croisé autour d'un feu, dans une tribu sans nom. Chamane dans l'âme, ton intensité faisait de chaque rangée de légumes un véritable voyage alchimique. La question revenait — qu'est-ce que je fais là ? Tes voyages intérieurs semblaient appeler le voyage extérieur. Peut-être que c'est ça, la réponse. Un coucou de loin, comme à travers les mondes et le temps.
Oihana et Eliah, deux anges du village, cueillent des fraises. Trop malins ! Vos yeux en disent long sur votre choix de vie de venir vivre au village. On dit que ce sont les enfants qui choisissent leurs parents, n’est-ce pas ? Vous voir grandir me réjouit. Et cette expérience d’enfance à Pourgues si banale pour la nature et si atypique pour notre civilisation semble fonctionner pour vous. En tout cas, vous rayonnez.
Au détour de la roulotte rouge, une guitare posée quelque part — Léo. Toujours là où on ne t'attend pas. La parole devenait prétexte, musique, et le rire intérieur rendait le reste plus sincère. Pince-sans-rire, mais tout est prétexte pour rire sans pincette. Je n'ai jamais compris spécifiquement ce qui te passionne dans le projet Pourgues — mais ton détachement et ta poésie faisaient de la question elle-même quelque chose de bien secondaire. Ce qui comptait c’était de suivre ton élan de cœur : être ici et maintenant. N’est-ce-pas ?
Sur le terrain de jeu, Benjamin, l’un des 4 co-fondateurs de l’écovillage qui venait rarement. Tu n'avais pas besoin d'être là en permanence pour que ta présence structure quelque chose. Il existe des gens comme ça, des architectes invisibles dont on sent l'empreinte dans les murs, dans les règles tacites, dans la façon dont un lieu respire. Explorateur de ce qu'est la vie dans toutes les dimensions, il y a en toi cette curiosité qui ne cherche pas à conclure. L'éveil, pour toi, n’est pas une destination. C’est peut-être davantage une façon de vivre — attentivement, sans prétendre savoir où le chemin mène.
Ton fils Noam était en train de jouer avec Zeÿa à un nième nouveau jeu de Nicolas. Savant fou des énigmes et farces et attrapes en tout genre — ta créativité sans limite est adorée, sans limite non plus, par les enfants du village. Les enfants, eux, sont souvent les plus exigeants surtout avec le niveau de perspicacité de ces deux jeunes garçons. Ton regard vif n'est jamais aussi enchanté que lorsqu'on arrive à résoudre ton casse-tête ou ton escape game créé de bout en bout par tes soins. Ce qui est moins visible, et peut-être encore plus rare : ta patience à toute épreuve. Cette capacité à réorienter les jeunes vers un objectif commun quelle que soit l'ampleur de la déroute sans hausser le ton, sans perdre le fil. Ça ne passe pas inaperçu. Ça ne s'oublie pas non plus.
À la pétanque au loin, Jonat et Damien sont les champions. Pour toi, Damien, tout est une bonne opportunité pour célébrer ensemble. Pour toi, Jonat, tout est possible et la vie est partout, même bien au-delà de la terre. À vous deux, la pétanque est une célébration cosmique même si on perd. Surtout quand on perd, peut-être.
Devant le hangar à bois, six flexi-yourtes sont en construction. Je croise Adrien qui s’occupe du chantier. Quelle force, quelle détermination tranquille, je suis épaté de te voir poser le cap, préparer, orchestrer une équipe de bénévoles venus de toute la France pour bâtir des cathédrales de toile et de bois. Capitaine sans pavillon, mais avec une clarté dans le geste qui rendait le chaos presque élégant. Quelles que soient les émotions du moment, je t'ai vu tenir, continuer, apporter ta pierre à l’édifice. Plutôt tes pierres, au pluriel. Et puis — parce que tout ne se joue pas dans l'action — te voir déployer cette même intensité stratégique lors d'un duel de jeu de société. Le même homme, exactement. Juste une autre arène.
Je continue ma route et à mi-chemin, devant une tiny house, Guillaume vient vers moi : tu es le “bienvenue pour la soirée jeu”. Comme un poisson dans l'eau, tu te mouvais dans le collectif avec une aisance impressionnante. Conteur captivant que ce soit pour le partage des nouvelles des écovillages d'Europe et de Navarre, ou de la dernière blague du village. Tu étais souvent l’initiateur des hammams et des parties de jeux de société endiablées, mais aussi l’instigateur des conversations difficiles. J'ai toujours adoré la fluidité avec laquelle tu mettais les pieds dans le plat, avec une innocence déconcertante qui me laissait penser : ah oui, on peut le dire comme ça, en fait. Un élan de toujours y aller à fond, dans la bonne humeur.
Amélie alors : “tu veux venir prendre une tisane ?” Reine des potions en toute sorte, militante pour un monde plus conscient et plus sensible, que tu incarnes si bien, tu as toujours su partager tes compréhensions sans prétention et avec détermination — portant Angélien d’un bras et Alba de l’autre, deux enfants d’une beauté inimaginable. Tu me livres tes dernières expériences avec un sourire joueur et un recul qui instruisent dans la légèreté et l’humanité.
Je poursuis ma route.
Puis, m’y voilà . La chaîne des Pyrénées devant moi. Une plateforme. La Terre, le Ciel et Pourgues. Il est temps d’apprécier la puissance et la délicatesse exquise du silence.
Au revoir.
PS : je n’ai pas cité tous les villageois mais je vous envoie à tous mes amitiés, ceux que j’ai connu ou non, ainsi qu’à tous les visiteurs et à vous lecteurs, bien sûr.