Pourgues, c’est fini - j’y enterre ma source.
7 janvier 2026
Dix ans de feu et d’apprentissages. Une traversée intime et sans fard.
~Marjorie Bautista, cofondatrice de l'écovillage de Pourgues
Deuxième épisode du compostage du projet d'écovillage
Voici mon histoire, brève, du rêve collectif au théâtre humain.
Tout commence à l’école Dynamique, en 2015.
Une école hors norme, qui ne se contente pas d’enseigner : elle dérange.
Elle questionne. Elle fissure les évidences.
Les enfants demandent : pourquoi ne pas venir le mercredi ? Pourquoi partir à 17h ?
Pourquoi laisser ce lieu vide pendant les vacances ? Pourquoi seuls les adultes transmettent-ils le savoir ?
Ces questions me traversent comme des éclairs. Ils ont raison. Alors sortons du cadre. Sortons de l’école.
Osons imaginer autre chose.
La vision s’impose, claire, brûlante : un lieu d’apprentissage pour toutes et tous, de 0 à 99 ans, enfants et adultes côte à côte. Pas de hiérarchie figée, mais de l’horizontalité vivante. Pas de programme prédéfini, mais des savoirs et des savoir-faire qui circulent au quotidien. Pas de frontière entre vie de travail, vie collective, jouer, apprendre.
Des singularités respectées. De la motivation libre. Du flow.
Neuf mois plus tard, le projet prend corps. Nous arrivons sur ce domaine immense, vue panoramique sur les Pyrénées.
Je suis époustouflée. Le rêve devient réalité. L’éco-village de Pourgues naît.
La lune de miel dure un an.
Puis la vie arrive. La vraie, avec ses défis et ses exigences.
Pourgues devient un laboratoire humain intense. Un catalyseur de compétences et de postures.
Pendant huit ans, j’explore, j’apprends, je me forme : le comité d’enquête et d’arbitrage, le conseil de village, la psychothérapie, la gouvernance partagée, les cercles restauratifs, le Forum ZEGG, le yoga…Toutes ces pratiques m’aident à soutenir le projet, le groupe — et surtout, moi-même.
J’apprends.
Encore.
Toujours.
Je me sens nourrie, vivante, profondément reconnaissante.
La vision s’accomplit : Pourgues est un réel lieu d’apprentissage pour tous et par tous.
Mais l’aventure est trop intense. Une vraie machine à laver.
Malgré les outils, les défis persistent. Les tensions s’accumulent : relationnelles, administratives, économiques, techniques.
Nous nous disputons sur les enfants, les fondamentaux, la gouvernance, les stratégies, la préfecture…
Je suis régulièrement essorée et parcourue de doutes : notre projet est-il pérenne ? Sommes-nous réellement capables de faire collectif ? Les enjeux sont-ils trop grands et nombreux ?
La co-responsabilité devient fragile. Le flow se dérobe. Le rêve vacille.
Je comprends alors quelque chose de vertigineux : une vision, des outils et de la bonne volonté ne suffisent pas à incarner le rêve au quotidien. Nous avons repoussé trop loin, trop vite, des frontières extérieures sans avoir exploré les nôtres.
Nous rejouons nos blessures du passé. Pourgues est devenu le théâtre de nos ombres.
Il n’y a plus d’adultes responsables et joyeux aux commandes du bateau. Seulement des enfants effrayés et rebelles qui se disputent sur le pont.
La dérive devient inévitable. Nous allons couler.
Je suis épuisée, désabusée.
En avril 2025, je quitte Pourgues. C’est une évidence. Je sors du théâtre. Rideau.
La sortie reste douloureuse. Je m’effondre plusieurs fois.
À chaque chute, ma vision se clarifie : Être soi ensemble demande une réconciliation profonde avec son enfant intérieur, pour enfin vivre son flow et incarner son parent sécurisant, stable et responsable.
Je quitte le théâtre de Pourgues pour plonger profondément dans mon théâtre familial.
Depuis huit mois, je chemine.
C’est beau, déstabilisant, exaltant.
Tout ce que j’ai appris ces dix dernières années m’accompagne.
J’approfondis ma compréhension de l’humain — et de moi-même.
Je continue d’explorer l’enfant intérieur, la motivation intrinsèque, le flow, la coopération.
Mais cette fois, de l’intérieur.
Je crois aujourd’hui qu’il faut passer par là avant toute grande aventure collective.
Je ne regrette rien. Ni les douleurs, ni les joies.
Tout est inscrit en moi comme des éclats de lumière.
Nous avons toutes et tous fait de notre mieux, avec qui nous étions à ce moment-là : des personnages dans un petit théâtre humain.
Si tu as envie d’en savoir plus sur la traversée de cette aventure collective, je te donne rendez-vous le mercredi 4 février à 19 h pour une visio de 1h30.
Aujourd’hui, je n’ouvre plus des lieux, j’ouvre des regards.
Forte de ces dix années d’aventure collective et de ces vingt années dans l’éducation, j’accompagne celles et ceux
qui souhaitent regarder leur scène intérieure : dialoguer avec les personnages, changer les costumes, le décor ;
descendre de l’estrade, passer en coulisse.
Apprendre à ne plus subir la pièce. Devenir metteur en scène conscient ou simple spectateur apaisé.
Et se rencontrer avec clarté et tendresse. Voilà ce qui me fait vibrer.
Si tu as envie de “comprendre” ton théâtre intérieur, je te donne rendez-vous sur mon site.
Merci pour ton soutien et ton enthousiasme tout au long de cette aventure collective,
Marjorie 🌸
PS : pour retrouver le premier épisode, c'est par ici : article de Ramïn