Comment Pourgues s’est effondré - autopsie d’une fin

Ramïn Farhangi, fondateur de l’écovillage de Pourgues

Synthèse et replay de la conférence du 13 janvier 2026

Pour recevoir la vidéo de Témoignage de Yohan (Cofondateur), cliquez ici

Synthèse des 4 facteurs clés

1. Désalignement progressif sur la raison d’être

Ce qui a fait s’effondrer le projet

Le projet s’est décentré lentement mais profondément de sa raison d’être fondatrice :
👉 faire de l’éducation démocratique et de l’enfance libre le cœur non négociable du collectif.

  • Après les conflits du premier groupe, la priorité est passée de l’alignement de vision à l’affinité relationnelle.

  • Des personnes sont arrivées touchées par l’ambiance, la tribu, le lieu… mais pas viscéralement engagées dans le projet éducatif.

  • Le collectif a glissé d’un collectif politique (porteur d’une cause) vers un collectif affinitaire (porteur de lien).

  • Progressivement, l’éducation est devenue une valeur parmi d’autres, puis un sujet optionnel, jusqu’à ne plus fédérer du tout.

👉 Le projet fonctionnait encore, mais son sens était déjà mort.

Solutions pour s’en prémunir

  • Un seul pilier central, explicite, non hiérarchisable avec d’autres.

  • Tester l’enjeu existentiel des personnes avec la raison d’être (pas seulement leur adhésion intellectuelle).

  • Dire clairement : « Si ce n’est plus ça qui te fait vibrer, ce lieu n’est plus pour toi. »

  • Accepter que la clarté exclut, et que c’est une condition de la pérennité.

2. Confusion démocratique et non-respect du rôle de la “source”

Ce qui a fait s’effondrer le projet

La démocratie directe a été pensée comme une égalité absolue de pouvoir, sans garde-fous.

  • La personne fondatrice (source du projet, de la vision, du récit) a été mise à égalité décisionnelle immédiate avec des personnes récemment arrivées.

  • La majorité a progressivement utilisé le pouvoir démocratique pour contester la vision fondatrice, et non pour la servir.

  • Les racines ont été coupées brutalement, sans processus de réenracinement.

  • Résultat : perte d’identité, luttes de légitimité, conflits de sens permanents.

👉 La démocratie est devenue un outil de déconstruction du projet, au lieu d’un outil de protection de sa raison d’être.

Solutions pour s’en prémunir

  • Reconnaître explicitement le rôle de la personne source :

    • gardienne de la vision,

    • du périmètre du projet,

    • et des fondamentaux non négociables.

  • Différencier :

    • démocratie de posture (transparence, consultation, coopération),

    • et démocratie mécanique (vote, égalité formelle).

  • Mettre en place des temps d’intégration longs avant l’accès au pouvoir décisionnel.

  • Une démocratie constitutionnelle, au service du sens, pas de sa remise en cause.

3. Illusion des chartes et absence de règles incarnées

Ce qui a fait s’effondrer le projet

Les engagements étaient déclaratifs mais peu contraignants.

  • Des chartes signées… puis contournées.

  • Des personnes désengagées du projet éducatif sans conséquence formelle.

  • Aucun cadre clair sur :

    • le temps à consacrer aux enfants,

    • les responsabilités concrètes,

    • le niveau réel d’implication attendu.

👉 La charte n’était pas incarnée dans des règles opérationnelles.

Solutions pour s’en prémunir

  • Associer toute valeur à :

    • une règle claire,

    • un engagement mesurable.

  • Exemple :
    « S’engager pour l’éducation = minimum X heures par semaine avec les enfants. »

  • Clarifier dès l’entrée ce que le projet est et ce qu’il n’est pas.

  • Accepter que certaines personnes se retirent avant plutôt que dériver après.

4. Abandon du système restauratif et escalade relationnelle

Ce qui a fait s’effondrer le projet

Le collectif a cessé d’incarner son propre pacte relationnel.

  • Évitement des médiations.

  • Accumulation de non-dits.

  • Propagation de récits, rumeurs, projections.

  • Recherche de responsables (mécanisme de bouc émissaire).

  • Rejets successifs de personnes perçues comme “problématiques”.

👉 Le collectif est entré dans une dynamique anti-restaurative, rendant toute réparation impossible.

Solutions pour s’en prémunir

  • Faire du processus restauratif une obligation, pas une option.

  • Clarifier la règle :

    • si je ne peux pas médiationner, je prends de la distance du collectif.

  • Prioriser l’hygiène relationnelle autant que le projet lui-même.

  • Ne jamais laisser un conflit sans espace de traitement, même si c’est inconfortable.

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